HomoMicro 10.27 / Spéciale GPA, 1ère partie

homomicro20150316sarahlevineHomoMicro, l’émission en partenariat avec Yagg, animée par Brahim Naït-Balk, vous propose lors de son numéro du lundi 16 mars 2015, la première partie de notre dossier GPA …


… de faire son coming out de la procréation avec Antoine Le Blanc qui lira un billet de son blog chez Yagg, blog qui a engendré son livre Tous les gays sont dans la nature,


… de retourner trente ans en arrière avec Marc dans sa chronique « Transat » qui traite de l’affaire « Baby M », première affaire juridique sur la maternité pour autrui,


… de recevoir l’invitée d’Eric Brulin, à savoir Sarah Levine, auteure avec sa femme porteuse du livre Lorsqu’on n’a que l’amour qui relate l’aventure de sa gestation pour autrui aux Etats Unis,


… d’explorer les interrogations de notre doc Fabien sur l’homoparentalité et la GPA (voire le texte de sa chronique ci dessous),


… d’annoncer la suite du dossier le lundi 23 mars.


Courrier des auditeurs ! Ce lundi 16 mars il n’y a pas eu de courrier des auditeurs ! Mais que cela ne vous empêche pas de nous écrire ! Vous avez une question qui vous tracasse ? Besoin d’un conseil ? Envoyez vos questions, graves ou légères, et nos chroniqueurs tenteront d’apporter leurs conseils, toujours dans la bonne humeur. Qu’il s’agisse de santé, sexualité, vie pratique, droit… on cherchera la bonne personne de l’équipe pour vous répondre. Il suffit d’écrire à homomicro.net@gmail.com avec le mot « Conseils » comme sujet.


 Retrouvez l’émission, réalisée par Pierrick, en podcast sur iTunes ici ou bien en fichier MP3 ici.


GPA : Gy vais ou G vais PA ?

Ou « Vous viendrez m’apporter des oranges… »

Chers amis, je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour partager mes réflexions sur un sujet qui me tient à cœur, tenter d’y voir plus clair sur le sujet épineux de la GPA : que faut-il en penser de façon générale, et à titre personnel, est-ce que « j’y vais », ou bien cela pourrait-il, par certains aspects, aller contre mes valeurs ?

Les avis sur la question sont si tranchés, les réponses parfois si manichéennes, que mon travail a consisté à trouver mon propre chemin. Et je dois vous avouer que ce chemin fût tout sauf facile : d’éducation catholique, de culture traditionnelle, un rien conservateur, la GPA n’était pas franchement dans le cadre de mes valeurs. Beaucoup de questions que j’ai dû affronter, une à une, et que j’ai voulu partager avec vous aujourd’hui : une succession d’interrogations auxquelles j’ai tenté, à travers mes lectures, mes analyses, d’apporter des éléments, sinon de réponse, au moins de réflexion.

Mais avant d’aborder la question de la GPA à proprement parler, je commencerai par celle qui constitue le socle de tous les opposants aux parents de même sexe :

Ne vaut-il pas mieux avoir un père et une mère pour l’équilibre et la construction d’un enfant ?

Pas de méprise, la GPA est une notion qui dépasse de loin la question de l’homoparentalité. Certains pourraient même y voir un hors-sujet. Mais pour ce qui me concerne, puisqu’il s’agit ici de mon propre chemin sur ce pavé mosaïque, il me fallait déjà répondre à cette première question.

Cette question qui est au cœur des débats est donc celle que j’ai voulu aborder avec vous en premier. Elle a déjà fait l’objet de moult études sociologiques, toutes plus critiquables les unes que les autres. Et au fond, le scientifique que je suis est autant choqué par les extrémistes qui crient au scandale devant les parents de même sexe, qu’exaspéré par ceux qui affirment haut et fort que cela constitue un faux débat.

Les premiers, contre l’homoparentalité, ont un socle de réflexion on ne peut plus logique : s’il y a cette double composante masculine/féminine dans la création d’un individu, ce n’est sans doute pas pour rien ! Darwin nous a bien montré que dans la nature, il n’y a pas vraiment de hasard, les fruits du hasard étant écrasés par la sélection naturelle…

Les seconds, pro-homoparentalité, mettant l’amour comme socle unique d’une construction équilibrée, balaye d’un revers de main l’importance éventuelle d’une bipolarité homme-femme dans l’image parentale.

Beaucoup de croyances, beaucoup d’affirmations, mais bien peu de preuves…

J’ai fait quelques recherches que j’avais eu l’occasion de présenter ici dans une autre chronique et dont voici la synthèse :

La plupart des études sociologiques plaidant pour l’importance d’un père et d’une mère ont été financées par l’église. Ce n’est pas un biais en soit, mais vous comprendrez que cela incite à une certaine vigilance… Et force est de constater qu’elles sont souvent analysées « à charge ». Pour exemple, la plus importante d’entre elle, celle la plus largement reprise par tous ceux « contre l’homoparentalité », analyse l’équilibre de 4 groupes d’enfants : les enfants issus de couples hétérosexuels stables, les enfants issus de couples hétérosexuels divorcés, ceux issus de couples hétérosexuels où l’un des partenaires est décédé, et enfin, ceux élevés par des parents de même sexe. Conclusion de l’étude : les enfants élevés par des parents de même sexe sont moins équilibrés que ceux du premier groupe, parents hétérosexuels stables. Voilà une analyse typiquement « à charge »… Car on y compare des hétérosexuels « bien comme il faut » (excluant les divorcés et les décès), à « tous les homos », groupe « plombé » par les divorces, les décès, dont, jusqu’à preuve du contraire, l’homosexualité ne protège pas !

Pas mieux du côté des études en faveur de l’homoparentalité, souvent financées par des associations Gays, où le recrutement des enfants analysés se fait par une technique dite de « boule de neige » : on prend un couple homoparental avec des enfants nageant dans le bonheur, on leur demande s’ils ont des amis vivant la même expérience, et de proche en proche, on a des 10 zaines d’enfants, mais recrutés au sein d’un même microcosme, bien loin d’un vrai recrutement aléatoire…

En bref, on n’en sait rien. Et si l’amour est certainement l’un des principaux piliers dans la construction d’un individu, on ne peut affirmer que la double composante homme/femme ne soit pas, elle aussi, contributive d’un certain équilibre. 

Dans ce champ d’inconnues, d’absences de preuves, mon approche personnelle est la suivante.

Je pense qu’un individu, dans l’absolu, gagne à être élevé par un homme et une femme. Je le répète, je n’en sais rien, et certains expliqueront sans doute que chaque être à la double composante féminine / masculine et qu’à ce titre, les couples de même sexe peuvent l’apporter… Mais comme je vous l’ai dit, j’ai tendance à penser que notre forme de procréation n’est pas le fruit du hasard…

Sur cette idée, j’ajoute le fait que l’équilibre de l’enfant va dépendre ensuite d’autres paramètres, parmi lesquels, en priorité, qu’il soit intensément désiré et aimé.

Dernier élément, crucial, du raisonnement : l’homoparentalité* n’est jamais, JAMAIS le fruit du hasard. Impossible de procréer en quelques minutes bourré en sortant de boite ou sur un coup de tête, enivré par la passion. Ce sont toujours des histoires longues, réfléchies, où l’enfant est le fruit d’un désir profond. Ainsi, je dirais que même si (je dis bien « si ») l’hétéroparentalité est un facteur d’équilibre pour un enfant, le processus nécessaire aux couples de même sexe (des mois de procédures, d’entretiens avec des professionnels), opère comme un filtre, ne laissant émerger que les plus investis et les plus responsables d’entre-eux.

Ce dernier propos, m’amène à une autre réflexion, souvent véhiculée par les pro-homoparentalité, pour justifier leur position :

« C’est quand même mieux d’être élevé par des homos que dans un couple hétérosexuel où le mari bat sa femme ».

Certes, je pense, comme je l’ai dit, qu’être un « homoparent » implique une réflexion approfondie telle que cela pourrait compenser le fait de ne pouvoir offrir une pleine double composante homme-femme au sein du foyer. En revanche, l’usage d’un étalon-catastrophe comme moyen de légitimer l’homoparentalité me semble très manipulatoire… Oui, c’est sans doute mieux d’avoir des parents homos que des parents hétérosexuels où le père alcoolique bat sa femme et viole ses enfants… mais voilà un raisonnement qui me semble confiner avec le ridicule et un argument sans aucune valeur démonstrative : Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

Autre question récurrente, des anti-gays cette fois, sur la construction des enfants élevés au sein de foyer homosexuels :

« Les enfants n’ont-ils pas plus de risque d’être homo ? »

Les études sociologiques, souvent biaisées là encore, nous renseignent assez peu sur ce point… La composante génétique de l’homosexualité n’est pas démontrée à ce jour, mais faute de preuve, on ne peut que s’appuyer sur des convictions personnelles… Les miennes me portent à penser qu’il y a un terrain génétique, probablement insuffisant à lui seul, mais …terrain quand même.

Cependant la vraie réponse à cette question m’a été apportée par mon ami. Une réponse simple, implacable, qui tient en deux mots : et alors ?

Car au fond c’est sans doute cela la réponse à cette question que j’ai volontairement mal posée. J’ai commencé en vous disant « les enfants ont plus de risque d’être homo ». Qui d’entre-vous s’est choqué de la question elle-même ? Qui d’entre-vous s’est instantanément dit, « mais d’où le fait être homo serait …un risque ? ». Quand bien même les enfants seraient plus souvent homos (ce qui n’est absolument pas démontré), en quoi cela serait-il un problème, constituer un risque… ? Je vous laisse à vos réflexions sur ce point…

Dernier argument fréquent côté case « anti-homoparentalité » :

C’est tout de même confronter ce pauvre enfant à des difficultés, une stigmatisation, des railleries à l’école…

Pendant des années, cette réflexion pleine de bon sens m’a très efficacement refreinée dans mon désir de paternité.

C’est moins le cas aujourd’hui pour deux arguments que je partage avec vous :

  • Tout d’abord, force est de constater que cette réalité s’estompe un peu au fur et à mesure des années. Le PACS, et maintenant le mariage pour tous y ont largement contribué. De plus en plus d’enfants de parents de même sexe fréquentent nos écoles, a fortiori à Paris où je vis. Le regard même sur l’homosexualité a quelque peu évolué. Les parents étant plus tolérants, leurs enfants le sont aussi, et ces railleries tant craintes par le passé sont moins la réalité d’aujourd’hui.

Ceci m’amène à vous rapporter l’anecdote d’un entretien que nous avons eu avec une sociologue pour nous aider à murir nos réflexions. Cette dernière nous a demandé si nous fréquentions le milieu gay. Très fiers (ridicules surtout…) nous nous sommes empressé de répondre que nenni, la plupart de nos amis sont des bons hétéros pères et mères de familles.

Sa réponse fût immédiate : « Et bien il va falloir changer ça ! »

Ainsi, pour limiter encore le risque pour l’enfant de se sentir isolé, seul au monde dans une configuration familiale hors norme, la sociologue nous recommandait d’avoir dans notre entourage d’autres familles construites selon le même schéma que le nôtre, auxquelles l’enfant pourrait s’identifier.

  • Le deuxième argument, que je vais vous livrer, écrase par son poids l’intérêt du premier :

Faudrait-il déconseiller aux personnes de couleur d’avoir des enfants dans les pays où sévit encore l’apartheid ? Recommander aux juifs, d’éviter d’enfanter dans une région où l’on souffre d’antisémitisme ? Et de même, faut-il céder à l’homophobie en capitulant face à ses attaques ? Quand bien même l’enfant aurait à surmonter certains rejets, notre rôle ici-bas sera de lui donner les armes pour se battre, et non de restreindre notre propre espace de liberté. Ne vous méprenez pas : il ne faut pas y voir une démarche égoïste, mais un devoir d’engagement pour la liberté et l’égalité des hommes (quel que soit leur couleur de peau, leur religion, leur orientation sexuelle), devoir d’engagement qui nous dépasse, nous, et notre descendance

Voilà donc le premier pavé de mon chemin et je suis au final assez tranquille avec la notion d’homoparentalité ; même si, je vous le concède, il s’agit davantage d’une conviction que d’une quelconque démonstration scientifique.

Avançant un peu plus, une autre question m’a été posée par ceux qui comprennent, acceptent, soutiennent même, ce désir de paternité gay, mais reste mal à l’aise avec la GPA, pour les raisons que nous aborderons dans quelques instant. Ceux-là préfèreraient de loin nous voir… adopter. Et les voilà de nous demander :

« Mais pourquoi le recours à la GPA ? Si vous voulez vraiment être parents, pourquoi ne pas adopter, tout simplement ? »

Et d’aller encore un peu plus loin :

« N’est-ce pas un désir narcissique et égoïste que de préférer la GPA à l’adoption ? »

Combien de fois ai-je entendu cette réflexion…

Autant certaines questions m’ont interpellé, déstabilisé même, autant celle-là me fait sourire.

Mais bien sûr qu’il y a une forme de narcissisme ! Bien sûr que l’on aime à se retrouver un peu dans ses enfants. Les couples hétérosexuels ne tentent-ils pas la procréation médicalement assistée avant de recourir, en désespoir de cause, à l’adoption ? Est-il si répréhensible d’avoir plaisir à retrouver le sourire de son père, les yeux de sa sœur, l’humour de son oncle, dans son propre enfant ? Je reviendrai sur ce point un peu plus tard.

Et puis force est de constater que de toutes façons, l’adoption pour les homosexuels, si elle est autorisée en France, est bien souvent interdite ailleurs, rendant quasi-impossible l’adoption d’enfants étrangers. Pire, certains pays réservent alors les enfants handicapés ou atteints de maladies génétiques. Ces pays me semblent, soit dit en passant, d’une incohérence consternante : si l’homoparentalité y est considéré à ce point comme une perte de chance pour l’équilibre d’un individu en construction, alors pour l’enfant adopté, qui aurait déjà le poids de la maladie, c’est double peine ! 

Revenons donc sur la GPA.

La première question qui vient à l’esprit est bien évidemment l’utilisation du corps de la femme…

N’y a-t-il pas à travers la GPA une instrumentalisation, une exploitation assumée du corps de la mère porteuse ?

Force est de constater que Oui, parfois, la GPA bafoue les règles les plus élémentaires des droits de l’homme et les histoires sordides qui remontent d’Inde, de Thaïlande, d’Ukraine, appellent à la plus grande vigilance sur ce point, imposant de vraies mesures de vigilance. Je citerais notamment les mesures suivantes :

  • Vérifier que les mères porteuses sont matériellement indépendantes et ont déjà pu constituer la famille qu’elles désiraient,

  • Imposer des expertises psychologiques pour les mères porteuses

  • Imposer des consultations d’aide à l’éducation pour les futurs parents, spécifiquement adaptées à cette situation (Que dire à l’enfant ? Quand ? Comment ? Quels conseils dans ce schéma parental particulier ?)

  • Imposer la rédaction d’un contrat factualisant les responsabilités des différents acteurs, pendant la grossesse mais aussi durant toute la vie de l’enfant. Ce contrat devra anticiper les différents cas de figure (malformation ou problème génétique à la naissance, désir pour l’enfant de retrouver sa mère biologique ou besoin de rétablir ce lien pour des raisons médicales (découverte d’une maladie génétique, greffe…) etc.)

Cependant, s’il est indéniable que des mesures doivent être mises en place de façon systématique pour éviter toute dérive, tout abus, il est tout aussi indéniable que certaines femmes veulent, intensément, pouvoir donner ce cadeau à des couples ne pouvant procréer. Leurs raisons peuvent être diverses, mais la conjonction des deux suivantes semble ressortir le plus souvent de ces femmes, agissant par choix, sans besoin ni contrainte :

1) Une plénitude, assez abstraite pour nous mes frères, je le conçois, à ÊTRE ENCEINTE. Plénitude sans doute liée à un mélange de sécrétions hormonales, de sensations physiques ; plénitude paroxisée par le sentiment de donner la vie ou par le regard des autres pendant ces mois… Cette plénitude fait dire à certaines femmes que leurs mois de grossesse furent les meilleurs de leur vie.

2) L’autre moteur étant d’avoir vécu le plaisir de la parentalité, mais aussi vu des proches (amie, sœur, tante…) souffrir toute leur vie de n’avoir pu connaître ce plaisir.

Ainsi, refuser la GPA, refuser ce droit à ces femmes, c’est interdire de vraies belles histoires, et casser des élans du cœur, parmi les plus profondément généreux et altruistes qui soient.

Venant d’un homme, ces allégations sur les femmes pourraient passer pour abusives, aussi je me permets de vous lire quelques lignes d’une philosophe, femme, féministe, qui a longuement travaillé sur ce sujet. Elisabeth Badinter répond à cette même question par les termes suivants :

Elisabeth Badinter. « Je pense qu’une femme est libre de décider ce qu’elle fait de son corps. Je ne vois pas pourquoi on dirait à une femme adulte qui décide de porter un enfant pour quelqu’un d’autre : « Madame, taisez-vous, c’est mal. » On retrouve le même discours sur la prostitution. Les abolitionnistes font valoir que seules 20 % des prostituées s’y adonnent parce qu’elles l’ont décidé elles-mêmes, sans y être contraintes par un tiers, et que donc il faut l’interdire pour toutes. Je ne suis pas d’accord. La question de principe est essentielle : une femme a-t-elle le droit de disposer de son corps dès lors qu’elle a toute sa raison ? Pour moi, oui. »

A ce stade, il est important de vous rappeler quelques notions de base sur la GPA, car les questions ultérieures en découlent.

Tout d’abord, il faut savoir que dans les pays où la GPA est légalisée et cadrée (USA, Canada, Angleterre…), les femmes volontaires ne peuvent avoir d’enrichissement personnel lié à la gestation pour autrui. Ces femmes doivent être financièrement indépendantes, et la somme qu’elles perçoivent est uniquement sur facture, afin de couvrir les frais liés à la grossesse elle-même. Elle ne dépasse guère 15 000 euros, sur un total de 80 000. En réalité, ce qui coute cher, ce sont les médecins, la clinique et les avocats… Ainsi, contrairement à une idée souvent véhiculée par les media, le libre arbitre (valeur si fondatrice en ces lieux), le libre arbitre des mères porteuses est pleinement respecté et contrôlé dans ces pays.

Autre point important, l’ovule utilisé n’est jamais celui de la mère porteuse, mais l’ovule d’une femme « donneuse », choisie sur une liste de donneuses volontaires. Cette précaution permet de clarifier les choses : la mère porteuse n’est pas la mère biologique de l’enfant. Il faut savoir que cette règle n’était initialement pas systématique, dans les pays où la GPA existe depuis de nombreuses années. Mais leur expérience révèle que cela rend la situation plus facile psychologiquement pour les mères porteuses. Elles sont « nounou » pendant neuf mois et l’enfant n’est pas leur. C’est d’ailleurs souvent en ces termes qu’elles présentent leur projet à leurs propres enfants.

Ces deux informations amènent bien sûr de nombreuses questions.

Tout d’abord :

Le fait que l’on préfère que l’ovule ne soit pas celui de la porteuse prouve bien que l’on craint qu’elle ne s’attache à l’enfant. La GPA ne constitue-t-elle pas dès lors le risque d’un abandon forcé et une source de traumatisme pour la mère porteuse ?

Pour cette question, il me semble là-encore qu’une femme est sans doute plus légitime que moi et je relaisserai la parole à Elisabeth Badinter, dont, vous l’aurez compris, je suis tout à fait fan…

Elisabeth Badinter : « Par cette dissociation « mère donneuse / mère porteuse », la mère porteuse sait que l’enfant n’est pas le sien. Mais je suis bien consciente que ce que je dis est absolument impensable et inaudible pour toutes les personnes – et elles sont nombreuses – persuadées que les femmes ont un instinct maternel. Si l’on est convaincu que toutes les femmes aiment l’enfant qu’elles portent dès qu’elles se savent enceintes, que cet attachement est viscéral et que c’est une loi universelle, alors on ne peut entendre ce que je dis sur la GPA. Mais parlez avec des mères, vous verrez que toutes n’ont pas aimé leur enfant dès qu’il a bougé dans leur ventre, loin de là. Je veux bien croire que cela représente une minorité. Je pense que, effectivement, la majorité des femmes ne pourrait porter un enfant pour quelqu’un d’autre. Mais je pense aussi que certaines peuvent et veulent bien le faire et que, pour elles, c’est un don et quelque chose d’important dans leur vie. Et si vous ne croyez pas possible que l’on puisse faire cela sans contrepartie, alors il faut retirer le mot altruisme du dictionnaire ».

Ainsi, si l’on admet au final que ces femmes généreuses existent (qui au fond pourrait le réfuter ?), il n’en demeure pas moins qu’elles seront peu nombreuses, et bien en deçà des demandes, avec de longs délais d’attente, rendant plus prégnante encore la nécessité d’encadrements et de contrôles.

Autre question liée à la procédure que nous avons brièvement rappelée :

N’y a-t-il pas une forme d’eugénisme à la sélection d’une donneuse d’ovules sur une liste ?

Cette question est probablement l’une de celles avec laquelle je reste le moins confortable… Photos, mensurations, diplômes, goûts, traits de caractères, antécédents médicaux pour elle-même et sa famille, tout y est. Choisir d’exclure certains profiles, c’est effectivement une démarche pouvant s’apparenter à de l’eugénisme, et pour ma part, cela me met assez mal à l’aise. La richesse du monde est liée à la multitude des individus qui le constitue. Eliminer les petits, les gros, ceux qui peinent à l’école, c’est priver le monde de la diversité qui en fait la richesse.

Ayant eu l’occasion d’aller écouter Maître Caroline Mecary, qui présentait ses réflexions juridiques sur la GPA, je lui ai posé cette même question. Sa réponse fut la suivante :

« Vous savez, dans la vie, quand on choisit un ou une partenaire, on ne le fait pas par hasard. Vous opérez également une sélection, sur des critères purement physiques, psychologiques, émotionnels, intellectuels, politiques, sociaux, spirituels… On ne parle pourtant pas d’Eugénisme… Pour ce qui est du pedigree médical contenu dans ces catalogues, c’est effectivement un peu différent. Et vous êtes libre d’en tenir compte ou non ».

En aparté, elle rajoutait que dans la mesure où c’était possible, il lui semblait cependant logique et entendable d’éviter à l’enfant un diabète ou des antécédents psychiatriques…

A défaut de résoudre ce casse-tête philosophique, la réponse de maître Mecary le balaye avec pragmatisme…

Il n’en demeure pas moins que cette approche ne va pas dans le sens de l’appréciation de la différence.

Un ami avec lequel j’ai échangé sur ce sujet épineux m’a également dit estimer qu’un candidat à la GPA devait accepter l’éventualité d’avoir un enfant “métis” (phénotypiquement très différent de lui). Je respecte profondément cette approche, mais comme je l’ai évoqué plus haut, il y a une composante narcissique (et j’entends par là plaisir à retrouver des « traits familiaux », pas forcément les siens…) que j’assume dans le désir de paternité. Ce n’est pas le moteur principal de mon désir, mais si la possibilité m’en est donnée, je préfère ne pas m’en priver.

Quant aux problèmes médicaux comme le diabète familial, les antécédents psychiatriques ou les fragilités cardiaques, les écarter repose indubitablement sur des principes eugénistes. Et j’avoue une approche sans doute critiquable, mais si je peux les éviter à mon enfant, j’assume ce choix…

Reste le problème du coût : qui paye ? On pourrait poser la question autrement :

Y a-t-il un « droit à l’enfant » et dès lors, l’inégalité d’accès à la GPA fondée sur le coût n’est-elle pas une injustice discriminatoire ?

Après s’être confronté à l’exercice épineux de la construction de l’enfant, celui de la liberté de la mère porteuse, de l’éventuel eugénisme, nous voici face à celui de l’égalité des hommes et femmes face à l’obtention d’une descendance…

La procréation médicalement assistée entre deux personnes de sexe différent, telle que nous la connaissons en France aujourd’hui, ne repose pas sur la notion de droit, mais sur la notion de dysfonctionnement médical, que la science tente de palier. Il ne s’agit que de l’exercice plein et entier de la médecine, qui tente de corriger tous nos dysfonctionnements organiques. Aucune notion de droit à l’enfant là-dedans, mais plutôt de droit à avoir un corps qui marche…

Pour les couples de même sexe, pas de dysfonctionnement ; cela ne revêt donc pas, a priori, du rôle de la médecine, et ne légitime pas de prise en charge par la société.

Reste que, nous le savons, le fait de ne pouvoir être parent est une souffrance psychologique qui peut détruire profondément l’équilibre d’un individu. Or la santé psychologique, le bien-être, fait partie intégrante de la notion de santé, que la médecine doit préserver pour chacun d’entre-nous, par tous les moyens dont elle dispose. Être Parent est, pour certains (ceux, justement, entamant ce long chemin qu’est la GPA) la principale, si ce n’est la seule raison d’être. Il ne s’agit pas d’acquérir une voiture ou un écran plat, il s’agit d’une forme d’accomplissement, dont dépend la santé psychologique. Une fois que l’on a pris conscience de cela, on comprend aisément qu’en limiter l’accès aux Français les plus riches constitue une injustice, qui s’apparente à une inégalité d’accès à la santé.

Dernière question d’importance :

Et après ? Que dira-t-on à l’enfant ?

Doit-il pouvoir retrouver sa mère biologique et sa mère porteuse ?

La consultation de deux pédopsychiatres, dont le Pr Serge Tisseron, spécialiste international sur les étapes de la construction d’un individu, m’a permis d’apporter quelques éléments de réponse à cette question.

Tout d’abord, « pas de secret ». Tout dire à l’enfant, sans tabou. Le contact ponctuel avec la mère porteuse est non seulement possible, mais souhaitable, car il lui donnera une pleine lumière sur sa propre histoire.

Quant à la rencontre possible de la mère biologique, toutes ne donnent pas leur accord sur ce point. Cela fait partie des informations contenues dans leur dossier. Mais il y a tant d’histoires d’enfants qui, toute leur vie, ont cherché à retrouver d’où ils venaient, génétiquement, que c’est pour moi un critère majeur dans le choix de la donneuse d’ovule. L’enfant doit pouvoir avoir cette possibilité s’il en exprime un jour le besoin.

Me voilà au bout de mon chemin où s’enchainent trop souvent positions arrêtées et idées reçues. Pour ma part, j’en suis arrivé à la conclusion que le recours à la GPA pouvait être une vraie, belle histoire, construite dans une totale liberté des différentes parties prenantes. Son accès revêt, pour ceux qui en ont un désir profond, de la simple égalité des individus face à la possibilité de s’accomplir. Quant aux petits êtres qui en seront issus, quand on connait la difficulté du parcours, les heures d’entretiens avec des psychologues, sociologues, pédopsychiatres, associatifs spécialisés, je les crois au contraire plutôt chanceux !

J’avoue être un peu frustré de n’avoir pu trouver d’études scientifiques, dignes de ce nom, et qui auraient pu apporter de vraies démonstrations à mes différents questionnements, mais reste confiant car je crois avant tout en l’amour et l’altruisme, pour chaque étape de ce long processus. Alors… G’y vais ! Et à une époque où l’on parle de sanction, amendes, prison, si tout cela fini mal, je compte sur vous pour venir m’apporter des oranges…

* : Si l’on exclut les parents devenus homosexuels après une procréation dans une « première vie » hétérosexuelle.